17.06.2007
CALL ME RAY (3)
Le silence, les talons, clump clump, clump…. Aujourd’hui donc, pavillon Sully, troisième étage, c'est pas un silence pareil qu'aux antiquités grecques, vous concevez. La sculpture est en bas, la peinture en haut, ça paraît logique. Je passe ma vie dans les ascenseurs, entre Enfer et Paradis. Les arts les arts, la musique tiens c'est des couleurs c'est du son, de la forme et du RYTHME, et la peinture c’est pareil. L'Oeil écoute, c’pas... Mais un des arts qui vous prouve vraiment le silence, c'est la sculpture. Désespéré(e), quitté(e), contemplez la Seine le pont des Arts le quotidien un peu absurde et l'inattendue solitude de la célèbre actrice qui répète inlassablement la même scène courir vers l'homme qui sort de la voiture noire et qui finit par se casser la gueule ça glisse ces putain de lattes en bois, tout ça planqué(e) derrière une vitre fonction publique, négligée, qui ferait pleuvoir, à elle seule. Dans votre dos, les antiquités grecques, loin loin la Vénus de Milo, les Japonais, les pickpockets, proche proche les Praxitèle-like, son Aphrodite de Cnide... Tout cet incolore silencieux c'est diiingue. Immuable, immobile, et pourtant victime de la lumière, jamais pareil selon l'heure, selon l'heure des saisons. La lumière, c'pas. La sculpture ah ça vous terrorise par son silence. La lumière bouge, personne ne s'est mis à causer, mais c'est comme si dans votre dos, tout se réorganisait en permanence, pour réapparaître en le même assemblage, goguenard, dès que vous vous retournez. Un deux trois soleil. Pis touche tu vas voir, on est payés pour ça. C'est réservé aux aveugles, et encore. Et à moi. Je traîne toujours un peu lors de l'évacuation, c'est moi le chef, c'pas, j'ai des choses à régler, et surtout l'Aphrodite de Cnide à peloter. Bon, entrez chez Rodin, l'Enfer, mon sujet, vous porte les reçoises. Lasciate ogne speranza, voi ch’intrate. Rien de tel que la sculpture pour vous faire crier le silence. Noire cirage ou pas. C'est comme ça. C'est de la musique aussi.
Lui, l'Ardennais, donc, il est chez un marchand de sommeil, qu'y m'raconte, à son retour. Tout son salaire est capté avant même qu’il arrive sur son compte, une sombre histoire d’ex-femme, de retard de pension… Les « emmaüs » du Louvre lui ont donné de quoi s’acheter un drum bleu, vous savez, mi-brun mi-blond, son poison, un qui lui bouche bien les fémorales, sans quoi il ramasserait les mégots. Ce job m'épuisera. Trop d'histoires et rien d'autre à faire que les écouter. T’sais que desfois j’ramasse les mégots dans l’caniveau ?... Devant un Ruysdaël j’lui file deux cents balles.
05:15 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Poésie, littérature, paris, jazz



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