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20.06.2007

CALL ME RAY (5)

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   J’ai eu l’inconscience ou le vice d’accepter que Ray me paie quelques verres au SoU NeUf, AVANT le déménagement. Il tient absolument à me rincer, me remercier. Il boit son fric depuis quelques jours. Il en profite. Ca faisait longtemps. Ne pas dormir baiser pas cher ne pas dessaoûler. Il est déjà bien racorni, déshydraté, sale, et d’humeur agressive paranoïaque avec les touristes, les collègues. J’arrive à le calmer, le ramener vers moins d’hallucination, j’ai une sorte d’autorité naturelle sur les chiards. Rue de Rivoli il se plaint de ses fémorales. On s’arrête au milieu du tapis-roulant à quadruple files croisées, Ray grimace blafard, marmonne sa douleur, sa petite femme lui manque. Il est  presque mort… plus qu’un œil d’allumé, et encore… Je marchais trop vite... On a tous tendance à bêtement se contenter d'éviter les obstacles ici, les attaché-case appareil-photo chapeau coude-portable feston ourlet vieux bipède qui cale subitement mioches poussettes connards qui s’arrêtent regarder le ciel devant vous pourquoi vous les tracts les prospectus les rétros les poteaux les duos qui soudain se retrouvent prisonniers du jeu du miroir les étrons les cartons à message, tous tendance à haïr un peu ce qui vous obstrue, marcher très vite vers l’étape suivante, l’amour une baise secrète son refuge son vice ou son travail, se dégourdir un peu avant le prochain engorgement, pourquoi pourquoi pas. Une femme toubib à cartable s’arrête : « Vous ne vous sentez pas bien ? » Ray ravale sa douleur, pioche dans la batterie de secours et lui ramène un de ces B-o-n-j-o-u-r  M-a-d-a-m-e précieux mi-suave mi-lubrique qui lui fait hausser les épaules et reprendre sa course. On rit. Il ressuscite, rallume son autre œil, s’ébat, avale de grandes goulées de CO, bras écartés, seul dans ses champs, puis entreprend de s’en rouler une. Il y en a qui aiment se tuer. Il décline la Camel que je lui tends, pragmatique. On nous bouscule. Il fait chaud. Une lumière brouillée d'oasis illusoire. Sauf que le mensonge n'est pas à l'horizon, on marche dedans, et il n'y a ni fontaine, ni palmiers, ni femmes nues, seulement des connards pressés ou pas assez. Ray se remet bientôt en marche, comme réanimé par le contact des fourmis, allume son clou, tellement mal roulé que c’en est comique, et se met à zig-zaguer, enchanté de frustrer leur traffic. « FOUTUES ARTERES ! » qu’il crache en se massant l’aine, sans se préoccuper des boas d’ennemis qui l’enlacent le croisent le dépassent en pestant. Il y a des travaux monstre, tellement bruyants qu’on est obligés d’en faire abstraction. Beaucoup choisissent de rentrer tout entier dans leur portable, la musique qu’ils écoutent, ou le cul les mollets les chevilles de la belle fille devant. « Regarde-moi tous ces connards avec leur putain de portable ! Tout ça pourquoi ? Téhoutéhoutéhoutéhoutéhou Chuilachuilachuilachuila ! TROUVE-MOI QUELQUE-CHOSE DE PLUS LAID QUE LEUR PEUR DU VIDE !» Ray tousse de dégoût et glaviote à un cheveu d’une pompe vernie. Il se met à chantonner Baudelaire en imitant l’accent pèrisien. « une image m’opprime : Je pense à mon grand cygne, avec ses gestes fousLe vieux Paris n’est plus (la forme d’une ville Change plus vite, hélas ! que le cœur d’un mortel… A quiconque a perdu ce qui ne se retrouve Jamais, jamais ! à ceux qui s’abreuvent de pleurs Et tètent la Douleur comme une bonne louve ! Aux maigres orphelins séchant comme des fleurs !... Aux captifs, aux vaincus !... à bien d’autres encor ! »  On arrive au SoU NeUf. « Et si on tétait la Douleur nous aussi ?!!... TOLIER ! DEUX PISSEUSES !

- CINQ ! ET UNE CITRON ! ET MAKE IT SNAPPY ! » Les vitres tremblent, les verres s’écroulent, c’est le rire de Leopold, ivoires chauffées à blanc en plein coeur d'un visage ébène. Il est accompagné d’une partie du clan. HEY, ALLIGATOR ! HEY, CROCODILE !...  

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