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26.06.2007

CALL ME RAY (6)

« SPADDY PADDY PADDYYY…

- SPADDY BADIYAAA !

- Ca y est, ils nous saoûlent déjà avec leur putain de jazz ! »  Un doigt sur la tempe, Nico nous désigne à la troupe, Léopold et moi, hilares.

- C’est quoi leur truc, là ? demande Azmi

- Vous ne comprendriez pas, you deaf motherfuckers ! dit Léopold, dans un nuage Amsterdammer, menton levé, posture de Comtesse dédaigneuse

- Je sais pas. Y font ça tout le temps quand y s’voient. Le Louvre ça les travaille, kestu veux… Deux tarés de plus !...

- Sourds et jaloux ! fait Léopold toujours dans la peau de sa Précieuse

- Ywan ?

- Comment vous dire…

- C’EST CA ! CHOISIS TES MOTS, PRENDS-NOUS POUR DES CONS ! gueule Ray. ET LES PISSEUSES, ON LES VOIT SUR LE COUDIER ? OU BIEN ? »

Le tôlier nous regarde, il voudrait autre chose pour son bar, une clientèle plus.... « Nous disions donc combien ? Cinq plus deux plus une citron ? Ou deux plus trois plus une citron ?

- CINQ PLUS DEUX PLUS UNE ! C’EST POUR MOI ! dit Ray

- Léo, tu m’fais marrer avec ta citron. Le scorbut ne m’aura pas, motherfucker ! dit Rathinavelan

- Ah ah ah.

- Alors ? Vous nous mettez au parfum ? insiste Azmi

- Ywan, explique-lui… SPADDY PADDY PADDYYY…

- SPADDY BADIYAAA !... C’est un soir avec Léopold, on avait pas mal fumé, on écoutait sa radio, et on tombe sur cette intro de Monk, sur Bloomdido, un blues de Charlie Parker. Et on a ri pendant au moins une heure. On est tombés…

- Ouais, Alligator. We felt le profond comique de this intro. Une chance sur un milliard. Monk, motherfuckers. C’est pas parce qu’on bosse au Louvre. C’était comme retrouver un type de ton village natal à l’autre bout du monde... C’est le comble de l’improbable et puis tu te sens moins seul, d'un seul coup. SPADDY PADDY PADDYYY…

- SPADDY BADIYAAA !... »

On rit, les demis sont servis, on trinque. Chi Linh arrive, nous serre la main, serre celle du tôlier, fait le tour des tables, serre les mains de tous les clients. On l’appelle le Président ou Chichi ou alors T’es Où-T’es Où. Rathinavelan lui fait passer un demi.

« Pfioo, déjà !... T’étais où aujourd’hui ?

- Salle des Etats et toi ?

- Oh, le 112. Et demain t’es où ?

- Je bosse pas demain.

- Et toi t’es où ?

- Gallerie Apollon.

- Et toi t’es où ?

- Louvre Médiéval, fait chier, y'a personne et c'est trop sombre…

- Et toi t’es où ?

- BOIS TON DEMI, PRESIDENT. »

Chi Linh rigole doucement dans son verre, nullement vexé. Je crois qu’on est un peu pareils tous les deux. Pas très sociables. Chi Linh a trouvé une parade, il serre des mains, et demande à tout le monde ce qu’il a observé que tout le monde ici se demandait à longueur de journée. On ne pourra pas dire que. Mais son zèle un peu mécanique, prostré sur l’imitation de ces deux seuls signes d’une sociabilité moyenne paraît toujours un peu étrange et désincarné, les gens flairent quand vous vous pliez à leurs comportements comme s’ils vous paraissaient abstraits.

 « Y’EN A UNE DE TROP NON ? ELLE EST POUR QUI CELLE-LA ? demande Ray

- C’EST POUR LE POLACK. IL VA PAS TARDER.

- Qu’est-ce qu’il fout d’ailleurs ?

- J’l’ai aperçu traîner avec Muriel, dit Chi Linh

- JE LA BOIS HEIN, JE LUI EN PAIERAI UNE AUTRE !

- Elle est cinglée, Muriel, dit Nico

- Piotr, pff, il se la fera jamais ! Trop niais. Pas foutu de passer à l’action. Les femmes, faut les saisir ! leur insuffler ta volonté ! sinon tu peux aller te branler. »

Azmi, banane ‘tiags, nous offre une cigarette. Il n’en embouche jamais une sans avoir proposé à tout le monde. Je regarde Ray vider les deux-tiers de l’ex-bière de Piotr, il me jette un coup d’oeil, extatique, ça ne me dit rien de bon. Je pense au périple qui nous attend. Azmi allume nos cigarettes. Azmi est le seul qui m’ait véritablement accueilli ici. Rien ne l’y obligeait. Avant qu’il ne parte dans l’Equipe d’Intervention, on a travaillé ensemble plusieurs fois, à mon arrivée. Sur le papier je suis son supérieur hiérarchique mais c’est lui qui menait les journées à bien. Il m’a tout expliqué, sans faire de mystère, comme c’est la manie ici. Tiens, lui, Momo, c’est le doyen de la surveille, deux mois de la quille, écoute, après bouffer, avec son cœur ses médocs, il a tendance à roupiller mets-le plutôt là ça craint moins, là les alarmes, évite les courants d’air sinon elles se déclenchent sans arrêt, ici les interrupteurs, pour l’évacuation d’urgence, c’est par là, par là et par là, les crémones, celle-là est un peu con, c’est comme ça, voilà.

« J’VAIS PISSER ! fait Ray, qui a vidé son verre

- Ca a l’air de s’arranger pour lui, me dit Azmi à l’oreille en le regardant tanguer vers les gogues

Commentaires

Je me suis tout enfilé d'un coup pour voir, à la suite, 3, 4, 5, 6. C'est mouvant comme des sables mouvants et je suis perdu dans les personnes.
Comme les vieux.

Ecrit par : Mariole | 26.06.2007

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