02.07.2007
CALL ME RAY (7)
- Mouais. T’as vu le souk qu’il a foutu aujourd’hui… Dans deux jours il aura bu tout son pognon… Enfin ce soir on déménage son bordel, il a enfin les clés de l’appart’.
- Ah oui, c’est vrai… Putain j’ai pas ma bagnole, j’vous aurais bien dépannés.
- T’inquiète, y’a que quelques sacs apparemment, on prendra le métro.
- Pourquoi tu fais ça ? »
Je lève les yeux vers le ciel en soupirant. « Parce qu’il me l’a demandé ?… Ou alors… je cherche l’Abîme ? » Azmi se marre, me tape dans le dos, on trinque. « Fais gaffe, quand même. C’est un violent, ce mec.
- C’est la frappe de Trappes qui parle, dit Nico, en me regardant, faussement solennel
- Vise-moi cette petite pute qui écoute tout !... ‘Fin c’est vrai qu’aux pucelles de Sarcelles, on leur apprend ça tout petit, répond Azmi
- Ah ah ah, écoute-moi ce bouffon. »
Azmi pose son verre, lui plaque doucement les bras contre le corps, et le soulève sans effort. « Un problème, Sarcelline ?... Hein ?... Quoi ?... Aaaah ! C’est ta tournée !... Suffisait de le dire ! MICHEL ! LA MEME ! C’EST POUR LUI !
- Oublie pas la citron ! dit Rathinavelan
- Piss off, Rathi, fait Léopold »
On rit. Michel, le tôlier, s’exécute, mi-amusé mi-désespéré. Des passants un peu chics se sont arrêtés un instant en terrasse, nous ont vus, entendus et sont partis. Les clients assis dans la salle pour dîner n’ont pas l’air trop agacé. Pas le choix, ils ont commandé. De toutes façons, le principe de la tôle, ici, les Halles pas loin, c’est le brassage total, le court-circuit aviné gueulard. C’est pour ça que les habitués viennent. Au son de l’accordéon, on a vu des avocates les quatre fers en l’air, des ESC perdus, des journalistes s’étriper à propos de politique avec des travelos, des transients de toutes les couleurs, et donc bien-sûr, des « gars du Louvre » repartir en titubant, chacun vers son métro, traitant Michel de tous les noms, parce qu’il leur avait paru radin ou pas assez aimable. Y VEUT PAS D'NOUS DANS SON BAR C'T'ENCULE ! Y VEUT QUE D'L'HUILE BOBO, DU FAISAN ! MAIS C'EST NOUS L'AME DE SON RADE POURRI !... PARIS LE LOUVRE !... ENCULE D'AUVERGNAT !... Epoque révolue d’ailleurs, constaterai-je en y retrouvant une partie de la bande, quelques années après avoir démissionné, dans une ambiance flatule-la-soie, changement de propriétaire, kestu veux.... La forme d’une ville…
« CHAAAAAANGE PLUS VITE, HELAS, QUE LE COEEEEUR D’UN MOOORTEL ! » Ray chante à tue-tête en remontant sa braguette. Le tôlier lui jette un coup d’œil, un bref état des lieux avant l’éventuelle expulsion.
- Tu t’es lavé les mains, j’espère ! dit Nico en regardant la petite coupelle de cacahuètes qu’ils devront partager.
- J’AI UNE FAMILLE MOI MONSIEUR ! UNE SALOPE D'EX-FEMME ET UNE FILLE SUBLIME ! ET UNE NOUVELLE CHERIE ! ET MON FRERE EST ECRIVAIN ! EN ROUTE POUR LE PRIX NOBEL ! GRANDE EDUCATION ! ALORS QUELQUES NOTIONS D’HYGIENE, QUAND MEME ! J’ESSUIE MEME LA DERNIERE GOUTTE A L’OREE DE L’URETRE ! ET SI Y A PAS D’PQ, J’ESSUIE AVEC MA CHEMISE ! OUI MONSIEUR ! JE METS PAS MES DOIGTS PISSEUX DANS LES CAOUETES DES COPAINS MOI MONSIEUR ! »
Le tôlier me regarde l’air de dire calme le, sinon je le fous dehors. Je pense à ce que vient de dire Ray, il m’avait parlé d’un frangin écrivain, et surtout à son air d’avoir dormi dans les poubelles. J’oublierai plus tard de ne pas me servir dans la même coupelle.
« Ray, t’oublies pas le déménagement hein, faudrait pas qu’on traîne, lui dis-je doucement en posant une main sur son épaule
- T’inquiète ! » Il tend une paluche sinuante vers sa bière pleine, je me dis qu’on fait route vers l’Enfer, donc, et on trinque tous à la tournée gentiment forcée de Nico. « AUX FEMMES !
- AUX FEMMES ! fait l’écho de Piotr que personne n’a vu arriver.
21:15 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Poésie, littérature, jazz, paris



Commentaires
C'est bien ton truc. Ca donne envie de picoler en plus.
J'attends la suite, comme un gros impatient.
Ecrit par : Mariole | 02.07.2007
Moi aussi, AU BOULOT!
Ecrit par : Luz | 02.07.2007
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