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04.07.2007

CALL ME RAY (8)

- HEY, PIOTR !... ALORS ALORS ? on demande

- Alors quoi ?

- Y fait l’innocent… Le Président t’a vu traîner avec Muriel ! Vous êtes toujours fourrés ensemble, quand est-ce que tu vas la BAISER ? dit Azmi, pendant que Chi Linh essaie de disparaître dans son verre

- MICHEL, UNE PISSEUSE POUR L’AMOUREUX, C’EST POUR MOI, gueule Ray

- Foutez-moi la paix…

- C’est bien la peine de lui payer des cafés, s’arranger pour être du même service, si c’est pour se la carrer sur l’oreille, dit Nico

- Putain mais tu m’espionnes ! T’es jaloux mon p’tit Nico ?

- Oh oui oh oui oh si tu savais ! fait Nico en se frottant à lui comme un petit chien contre un mollet en attendant le Grand Jour.

On rit, Piotr lève son verre, remercie Ray. J’ai un petit coup de barre, d’un seul coup. J’aimerais bien être dans les bras de Lucy, une danseuse tout en muscles fins, grâce et sacrifice, qui avait décidé d’illuminer mon absurde existence pendant quelques semaines avant de repartir comme une étoile filante. Le genre de fille qui parle au moins quatre langues et qui vous condamne à toujours choisir de nouveaux plats dans le menu. Il faut bien qu’une femme vous réaccouche de temps en temps, vous secoue le tronc et fasse tomber les vieilles pommes pourries qui s’accrochent encore sinon vous finiriez comme un vieux serpent rugueux qui ne muerait plus. Ah ah ah. Je regrette un peu ses copines et leur côté je me balade à poil fais pas attention. Je vais la voir quand le hasard fait que son ballet passe pas loin d’où je me trouve. Après l’avoir reconnue, j’ai toujours l’impression qu’elle ne danse que pour moi. Je dois me faire une putain de violence pour aller la trouver après, affronter la cohue avec mes fleurs et la tête pleine de vertige, et les lui offrir dans sa loge qu’elle n’occupe jamais seule. Quand elle me serre dans ses bras, j’essaie d’absorber toute sa sueur histoire de l’emporter avec moi, loin des yeux du soleil. On ne se propose pas de boire un verre ou quoique ce soit, il y a des histoires comme ça. Une fille douée pour le bonheur et le mouvement, un type pour qui l'action n'est pas la vie,  mais une façon de gâcher quelque chose, un énervement. Une fleur fraîche dans la chambre d'un malade.

« On l’a perdu.

- YWAN ?

- C’est moi.

- Eh beh, je sais pas où t’étais, mais c’était far away ! dit Léopold

- Oh non, j’ai un p’tit coup de pompe c’est tout.

- T’en penses quoi, toi, de Muriel ?

- Euh… »

Elle m’avait fait un malaise, un soir, après l’évacuation, une hypo ou quelque chose dans le genre, je l’avais vue partir, j’avais juste eu le temps de glisser ma main sous sa tête pour amortir le choc. Son visage était vert pâle, elle disait ça va ça va, je m’étais agenouillé près d’elle et j’avais posé une main sur son front. Les autres qui faisaient cercle autour en avaient eu un mouvement de recul assez comique. Sans doute qu’ils bossaient là depuis trop longtemps, leur quant-à-soi paranoïaque dû à l’espèce de vacuité interminable de ce travail les avait privés des réflexes simples, des gestes qu’échangent spontanément deux humains en situation critique. J’avais touché le front d’une collègue du sexe opposé, allongée là sans défense. J’avais d’ailleurs trouvé que mon geste n’était pas loin du sublime, j’avais senti la chaleur bienfaisante et presque brûlante de cette apposition vieille comme le monde et depuis, Muriel me faisait la gueule, ça l’emmerdait que j’aie été témoin de sa faillibilité. Elle a l’œil un peu vitreux spermeux, je ne sais pas si elle picole ou si c’est une de ces biliaires hystériques. A mon avis, c’est un peu les deux.

« Je la connais pas beaucoup, elle est pas mal, dis-je sous l’œil angoissé de Piotr

- J’me demande si elle picole pas, dit Nico en posant son verre vide

- On pourrait pas changer de sujet ? fait Piotr, exaspéré, un coude sur le zinc, le pouce et l’index étirant la peau au-dessus des sourcils

- J’ai bossé avec Momo, aujourd’hui, dis-je

- J'AI ETE BATTEUR DANS UN GROUPE DE PUNK, JE VOUS AVAIS PAS DIT ?

- Ah ah ! Il t’a bassiné avec ses maquettes de plane ?

- Mouoh, ça va… un peu… Et lui aussi est amoureux, enfin… excuse, Piotr…

- T’inquiète.

- CA ME DEFOULAIT BIEN...

- Momo ? Amoureux ?...

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