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07.07.2007
CALL ME RAY (9)
- Momo ? Amoureux ?
- Il est passé où Chi Linh ?
- PUTAIN MAIS BLABLE A MA RONDELLE, TOUT LE MONDE S’EN F…
BOOOOOOOOOOOOOOOAAAM ! Le sol tremble, mes oreilles sifflent, les vitres entre la terrasse et nous se craquèlent se fissurent se lézardent quadrillent pétillent et s’affaissent tout à coup en un rideau de pluie d’une seconde qui disparait dans la rigole prévue à cet effet. Ray s’accroche en grimaçant au tube de la pompe Carlsberg, Léo à l’Hoegardden, et moi à la 1664, Michel à la Guiness, et Piotr a plaqué son torse contre le zinc et en a saisi les rebords, Azmi s’est lui contenté de fléchir un peu les jambes et Rathinavelan et Nico se tiennent à lui. Un roc, cet Azmi. On a tous hésité entre protéger nos oreilles et nous accrocher, excepté Azmi dont les deux bras sont encore disponibles. Il nous regarde en souriant, un index dans chaque oreille. C’est l’affaire de quelques secondes... Tout redevient calme... Je suis encore sourd... On voit soudain un morceau de Chi Linh virevolter dans la rue comme un putain de ballon de baudruche, sa grosse tête lisse et un bout de son buste manchot aspergent de sang les façades d’en face comme une bombe d’arrosage folle émancipée, mais qu’est-ce qu’il a foutu ? Je me serais trompé sur son compte ? Se serait-il en fait éclipsé pour aller serrer des mains des mains et des mains ? Leur a-t-il joué du t’es où t’es où à eux aussi ? Serait-il tombé sur celle d’un kamikaze, manque de bol, elle contenait le petit détonateur ? C’est peut-être son truc finalement, et pas seulement une parade polie masquant son asociabilité ? Moi qui lui donnais encore un demi avant d’aller retrouver ses bouquins d’Histoire vietnamienne... Peut-être qu’il tient son petit registre après tout et qu’il cherche à battre un record ? Qu’il publie ses résultats du jour sur un blog ? Un putain d’entraînement avant le grand saut, la conquête politique de la mairie du XIII ème ? du pays ?... Il vient s’écraser sur le toit d’une Jag toute neuve. Serait-il de gauche ?... Le chauffeur descend, regarde le ciel, puis Chi Linh, affiche un rictus de dégoût et installe en gueulant QUELLE JOURNEE DE MERDE une grosse poubelle ouverte juste derrière sa bagnole. Il revient derrière le volant, un petit avant, arrière, puis il s’arrache en faisant crisser les pneus, ce qui envoie les restes du Président dans la boîte verte qui se referme sous la secousse. Joli coup. Juste avant qu’il ne disparaisse rue Berger, j’aperçois, dans le reflet d’une vitrine rescapée, son majeur vengeur pointé vers le ciel. Michel appuie sur un bouton, d’autres vitres descendent et viennent à nouveau nous protéger du petit vent frais du soir, les clients derrière ont repris leur conversation, les gens sont d’un blasé.
« C’est ma tournée, dit Michel.
- WOW ! A chaque fois, ça me rappelle mon groupe de punk, fait Ray, essouflé.
- Qu’est-ce qu’on disait ? Ah oui ! Momo ! Amoureux !
- Dites les gars, vous voudriez pas remettre la poubelle sur le trottoir ? fait Michel en essuyant un verre, l’œil soucieux.
- Je m’y colle, dis-je, déterminé à offrir une sépulture décente à feu mon semblable, mon frère. »
Je traverse, la lumière est en pleine transition entre l’orange et le violet, la nuit ne va pas tarder, ça me rappelle certaines routes retour des vacances, fin août, alors qu’on est… j’ai oublié. Je tracte la poubelle à reculons, je l’ai mise en branle en donnant à sa base une pichenette du pied, en vrai professionnel, jamais je n’aurais imaginé qu’un demi-Chi Linh puisse peser aussi lourd.
« Hey, Alligator ! fait Léopold, qui m’a rejoint
- Hey, Crocodile ! Tiens, donne-moi un coup de main pour la marche.
- No problem !
- One, two, one two three four.
- Haaan, dead stone motherfucker !
- Tu l’as dit !
- Ca tient pas l’alcool, ces p’tits bonhommes... dit-il en sortant son paquet d’Amsterdammer.
- On ferait peut-être bien de le mettre dans son métro, non ? On lui colle son adresse sur le couvercle ?
- Let’s do it.
- Let's fall in love...»
08:50 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Poésie, littérature, jazz, paris



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